Parlons santé avec une nouvelle règle qui change dès septembre pour la prescription des arrêts de travail. Le premier arrêt sera limité à 31 jours et chaque prolongation jusqu’à 62 jours. Le médecin a le droit de prescrire un arrêt de travail plus long, mais il doit en justifier la nécessité vis-à-vis des autorités sanitaires. Une mesure qui permet de mieux encadrer les arrêts maladies, mais qui n’est pas sans conséquences pour les cabinets médicaux. Explications avec Anne Becker, médecin généraliste et élue au syndicat des médecins libéraux UFML.
Anne BECKER – Médecin généraliste, syndicat UFML : “En fait, ils ont mis en place des plafonds qui n’existaient pas avant. Donc le premier arrêt de travail va être limité à 31 jours, alors qu’avant on n’avait pas de limite.Et ça, ça va nous poser certainement des soucis, puisqu’on va devoir revoir les patients plus rapidement que prévu, si on souhaite vraiment faire un arrêt initial de plus de 31 jours.”
“Maintenant, il existe une possibilité de dépasser les plafonds, que ce soit celui de l’arrêt initial ou de la prolongation de l’arrêt de travail. Mais il faut absolument qu’on puisse noter une justification directement sur l’arrêt de travail. Donc il faut qu’on puisse motiver pourquoi on veut dépasser le plafond, et ça, ça va être plus chronophage, parce qu’il faut qu’on trace plus et qu’on note plus de choses maintenant sur les arrêts de travail. Sachant que le motif de l’arrêt est déjà obligatoire.”
“On est déjà dans une situation à flux assez tendu, où on essaie de faire au mieux. Si on se rajoute des consultations uniquement pour prolonger l’arrêt, parce qu’on voulait faire un arrêt long et on ne peut pas, il faut qu’on le revoie avant, ça va augmenter le nombre de consultations par rapport à ce qu’on avait avant. Sachant que je redis, on peut dépasser le plafond, mais le problème, c’est le justificatif. Et quand on va dépasser les plafonds, c’est certain que les arrêts vont être complètement contrôlés.”
“Les arrêts de travail sont nominatifs pour chaque médecin. On a chacun nos formuleurs. Si on les fait sur papier, maintenant ils sont quasiment à 95% fait en ligne. Donc pareil, ils sont sécurisés avec notre carte professionnelle. Donc la caisse, c’est exactement quel est le médecin qui a fait un arrêt de travail et pour quel patient. Donc évidemment, ils vont cibler le médecin qui a fait l’arrêt de travail. Ça, c’est logique.
“C’est une volonté de la caisse d’assurance maladie de surveiller les arrêts longs pour pouvoir, je pense effectivement, limiter le nombre et la durée. Parce que c’est vrai qu’il y a un gros problème au niveau des arrêts de travail depuis longtemps. Maintenant, il y a des arrêts qui sont totalement justifiés. Donc la caisse veut contrôler ces arrêts et vérifier qu’ils sont vraiment justifiés.”
Selon un rapport gouvernemental, le nombre d’arrêts maladies a augmenté de 30% entre 2010 et 2025. Donc ça signifie davantage de dépenses en indemnités journalières ces dernières années : près de 18 milliards d’euros en 2025, contre 12 milliards en 2022. Concrètement, ces nouvelles règles concernent surtout les arrêts prescrits lors de consultations en présentiel. Pour les téléconsultations, pas de changements. L’arrêt de travail prescrit à distance ne peut pas excéder trois jours.




